« Victor, c’est toi ? »
« Oui, maman. »
« Pourquoi rentres-tu si tard ? »
« J’étais chez Christophe, nous avons travaillé. »
« Tu ne t’es pas arrêté chez une fille ? »
« Non, maman. »
« Mais tu es un bel homme. Tu n’as pas une amie ? »
Victor n’avait pas de femme. Son apparence était loin d’être séduisante : il était petit, avec une bosse dans le dos, des bras longs et les cheveux en bataille. Lui et sa mère, Élisabeth, avaient déménagé dans le village quand Victor était encore un enfant. Les gens disaient qu’un garçon aussi frêle ne vivrait pas longtemps. Mais Victor avait survécu. Sa mère, qui travaillait comme boulangère, était morte d’une maladie, le laissant seul. Après sa mort, le village soutint le jeune homme, et sa maison devint un lieu de rencontre — d’abord pour les garçons intéressés par la radiotechnique, puis aussi pour les filles.
Parmi elles se trouvait Anne. Elle restait le plus longtemps, et un jour, Victor lui demanda :
« Pourquoi ne te dépêches-tu pas de rentrer chez toi ? »
« Personne ne m’attend là-bas. Ma belle-mère ne m’aime pas, et mon père boit. C’est mieux ici. »
« Alors reste chez moi. La chambre de ma mère est libre. Habite ici, je n’attends rien de toi. »
Et ainsi, Anne s’installa chez Victor. Au début, les gens parlaient, mais bientôt les commérages cessèrent. Elle l’aidait dans la maison, et peu après, elle donna naissance à un fils — Damien. Victor aimait l’enfant comme s’il était le sien. Finalement, Anne se maria avec un autre homme et partit. Avant de partir, elle demanda à Victor :
« Laisse-moi Damien. Il compte tellement pour moi. »
« Demandons à l’enfant », répondit Victor.
Anne appela Damien et lui demanda :
« Avec qui veux-tu vivre — avec moi ou avec Victor ? »
« On ne peut pas vivre tous ensemble ? » demanda Damien.
« Non, ce n’est pas possible », répondit-elle.
« Alors, je resterai avec papa ! » décida l’enfant.
Damien resta avec Victor. Anne le visitait de temps en temps, mais un jour, elle annonça qu’elle voulait reprendre son fils. Damien pleura, cria et s’accrocha à Victor.
« Je ne vais nulle part ! » criait-il.
Anne avoua que Victor n’était pas son père biologique, mais Damien répondit :
« Je reviendrai toujours chez papa ! » Et en effet, il essaya à plusieurs reprises.
La voisine de Victor, Marie, qui était veuve, se rapprocha progressivement de lui. Elle lui demandait souvent de l’aide pour les tâches ménagères. Bientôt, ils s’installèrent ensemble. Pendant ce temps, Anne annonça qu’elle avait donné naissance à une fille et invita Damien en ville. Mais l’enfant refusa :
« Je ne quitterai pas papa et tante Marie. »
Quand Marie et Victor eurent un fils, Stéphane, Damien craignit que leurs sentiments pour lui ne changent. Mais Marie le rassura :
« Tu es comme notre propre enfant. Nous sommes heureux que tu sois avec nous. »
Les années passèrent. Damien grandit, ayant une sœur du côté d’Anne et un frère du côté de Marie. Les habitants du village oublièrent qu’il n’était pas le fils biologique de Victor. Il parlait avec fierté à ses enfants et petits-enfants de son père. Pendant les fêtes, toute la famille se réunissait — les enfants de Marie, ceux d’Anne, et Damien lui-même.
« Notre père était le meilleur ! » disaient-ils. « Un père comme ça, on le souhaiterait à tout le monde ! »







